Michael et les Jacksons “transition délicate”

Le besoin d’émancipation des Jackson 5 se fit sentir à partir de 1974. Michael était alors âgé de 16 ans, et les compositions musicales de Motown ne lui convenaient plus.
Mais malgré tout, Berry Gordy ne voulait rien entendre. Il n’était en aucun cas question de donner aux frères Jackson une liberté artistique. Pourtant Michael avait déjà commencé à composer des chansons lui même et aurait bien voulu en proposer quelques unes à Gordy, qui s’obstinait à ne pas vouloir en entendre parler. Le rêve de Michael, était d’avoir autant de liberté que Stevie Wonder en avait chez Motown.
Il fallait tout de même se rendre à l’évidence que les Jackson 5 étaient en perte de vitesse. Ils n’avaient plus l’image du groupe de bambin que Motown continuait à vouloir donner. Leurs impressions de toujours chanter les mêmes chansons était bien présente.


La seule liberté accordée par Motown, fut le spectacle des Jackson 5 au MGM à Las Vegas en 1974. Pendant 15 jours, Michael et ses frères se produisirent sur scène tout en ayant une liberté artistique. Ainsi Randy et Janet, furent invités à se produire avec leurs frères. Mais de retour à Los Angeles, rien n’avait changé.

Voyant cela, Joe Jackson commença à prospecter les maisons de disques suscéptibles d’accueillir ses fils. Berry Gordy eut écho de ça et envoya Mr Abner pour essayer de calmer le jeu. “Mr Gordy veut que les Jackson 5 restent quel qu‘en soit le prix et les conséquences”. Mais aussi bien dans la tête de Joe que de Michael, la décision était déja prise : ils allaient quitter Motown.
Au cours d’une entrevue musclée avec Gordy, Michael expliqua qu’il ne pouvait plus rester dans une maison de disque qui ne voulait pas lui donner la moindre liberté artistique. Le style musical ne lui convenait plus, comme à ses frères d’ailleurs, et il annonca au patron de la Motown qu’ils allaient partir dès la fin de leur contrat, prévu pour 1976.

Et en effet, dès 1976, Michael et ses frères signèrent chez Epic. L’annonce fit l’effet d’une véritable bombe, d’autant qu’une deuxième surprise de taille accompagnait le départ des Jackson 5 : Jermaine ne suivait pas ses frères chez Epic.
Jermaine n’était pas d’accord avec la décision de sa famille, car il estimait qu’il devait tout à Berry Gordy et que ca n’était pas correct de partir comme cela. De plus il avait épousé en 1973, la fille du PDG de la Motown : Azel Gordy. Sa position était donc délicate et Michael s’en rendit compte. Pourtant, il eut du mal à se faire à l’idée que Jermaine ne serait plus avec lui lors des enregistrements et des tournées. Les deux frères avaient toujours été très liés, et c’était presque un déchirement de voir partir son frère préféré.

Motown eut tout de même une certaine victoire en interdisant aux Jackson 5, d’utiliser ce nom chez un concurrent. Cette close était stipulée sur leur contrat et il était donc impossible de revenir dessus. Mais ce n’était d’un sens pas plus mal pour les frères Jackson qui voulaient avant tout faire oublier leur image gentillette que Motown leur avait donné pendant des années.

De plus, sans Jermaine, le nom “Jackson 5” n’avait plus tout son sens. Certes, Randy prendrait la place de Jermaine, mais le groupe original était sans le petit dernier de la famille.
Le nom retenu en signant chez Epic, fut “The Jacksons”.

Tito, Randy, Michael, Marlon, Jackie, et Joe Jackson en compagnie de Leon Huff et Kenneth Gamble. Photo prise en 1976 au bureau de K. Gamble chez Philadelphia International Records.

Très vite, les frères Jackson sont envoyés à Philadelphie pour enregistrer leur premier album sous le label Epic. Michael y fera une rencontre déterminante dans sa carrière – ou plutôt deux rencontres – : Leon Huff et Kenny Gamble. Ils étaient tous deux, à l’époque, des compositeurs de talents qui avaient écrit des albums somptueux, et Michael le savait très bien. Joe Jackson, avait tout de même posé la condition que deux ou trois titres de ses fils devaient figurer sur l’album, et Huff et Gamble avaient accepté en promettant d’écouter quelques maquettes.

On oublie souvent de le dire, préférant insister sur le côté fusionnel de la relation Michael Jackson – Quincy Jones, mais Michael a énormément apprit au contact de Gamble et Huff. C’est en les regardant travailler qu’il a compris comment composer une chanson et comment travailler une mélodie. Même si les bases lui avaient été inculquées à Motown, il ne savait pas comment exploiter les idées qui fourmillaient dans sa tête, et c’est Gamble et Huff qui lui ouvrirent la voie.
A cette époque, les deux comparses travaillent également avec Mc Hadden et John Whitehead, deux hommes de l’ombre qui avaient leurs rôles dans l’élaboration des albums.

Les premières maquettes furent apportées alors que les Jacksons étaient à l’hôtel à Philadelphie, et très vite les frères Jackson prirent la direction du studio. Michael apporta une de ses toutes premières chansons : “Blues Away”. Calquée sur “Lonely Teardrops” de Jackie Wilson, “Blues Away” traite d’un moment de déprime qui se termine bien. Une manière pour Michael d’exorciser sa solitude grandissante à cette époque.
L’équipe de Gamble et Huff apportèrent le reste de l’album avec des titres bien léchés et taillés pour la danse tels que “Enjoy Yourself”. Tout en gardant l’esprit “Jackson”, le premier opus des Jacksons chez Epic cassa avec le style Motown, offrant plus de maturité à leur musique.

Mais bien loin de se sentir totalement libéré, Michael développa petit à petit un besoin de s’émanciper, cherchant de plus en plus des projets solos.

Article de Davy AppertMJLegend – Chroniques17/12/2003


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