Greg Gorman évoque MJ

Du temps, il en aura fallu à Greg Gorman pour choisir les clichés de son dernier livre “It’s not about me : A Retrospective” .

Pendant environ un an et demi, le photographe a recherché dans ses archives des négatifs de photos qui pouvaient venir agrémenter cet ouvrage de 416 pages.

Gorman expose aussi régulièrement ses œuvres [cf. Nos News du 17/05/2011 et 06/05/2018]

Dans une interview accordée au podcast “Words and Music” de Lauretta Alabons et diffusée le 15 octobre, Greg Gorman a notamment évoqué sa manière de travailler ainsi que Michael Jackson.

Extraits :

Lauretta Alabons : Comment vous préparez-vous mentalement et émotionnellement quand vous devez photographier de très grandes stars ?

Greg Gorman : Au début, comme toutes les personnes qui apprennent leur métier, vous êtes très prudent et surtout attentionné : vous vous concentrez particulièrement sur les besoins des personnes que vous photographiez. C’est ce que je fais encore aujourd’hui, au sens où je passe beaucoup de temps à gagner leur confiance pendant le shooting de sorte qu’elles se sentent à l’aise.

C’est un aspect très important quand vous travaillez avec des [célébrités] car elles sont aussi effrayées que vous pouvez l’être.

Mais vous ne pouvez pas partager cela avec l’artiste [que vous photographiez], cette peur et cette intimidation. Il faut maintenir non pas seulement un certain niveau de professionnalisme mais aussi avoir besoin de les rencontrer par le regard et le plus important peut-être d’être ouvert, honnête et sincère.

Je pense qu’avec les personnes les plus talentueuses, les plus connues, vous ne pouvez par leur raconter de conneries. Il faut connaitre votre métier et faire ressentir un sentiment de confiance.

Parce que si quand vous faites vos photos, vous demandez à l’artiste , « qu‘est-ce que tu en penses ? »,  « quel est ton sentiment ? » , « est-ce que tu aimes ça ? »,   alors il va devenir nerveux car il va penser que vous ne savez pas ce que vous êtes en train de faire.   

L’idée, c’est de rester ouvert et positif dans l’expérimentation et le jeu mais aussi écouter.

L’écoute est un élément-clé essentiel quand on travaille avec des célébrités pour être sûr que vous entendez ce qu’elles disent.

Il faut aussi savoir lire le langage corporel.

Lauretta Alabons : Quand vous avez photographié  un artiste comme Michael Jackson, j’imagine qu’il avait beaucoup de personnes autour de lui ?

Greg Gorman : Il nous faut parler de Michael parce que je l’aime beaucoup. Mais en effet, parfois [les célébrités] ont beaucoup de personnes qui gèrent les choses pour elles.

Lauretta Alabons : Justement, par exemple pour Michael Jackson, quand vous l’avez photographié, d’où venait l’idée sur l’approche que vous alliez adopter ?

Greg Gorman : Il y a des approches très différentes en fonction des artistes, que ce soit lorsque j’ai photographié David [Bowie] ou Michael [Jackson].

Michael a été incroyable. Nous avons travaillé ensemble 4 ou 5 fois. Deux semaines avant le shooting, il m’a téléphoné et nous avons parlé pendant une heure ou deux de ce que nous allions photographier, il me disait ses idées, ses envies,

Et quand il est venu c’était comme travailler avec un directeur artistique. Je ne me rappelle pas qu’il y ait eu un directeur artistique [sur le lieu du shooting] quand je l’ai photographié.

Nous assemblions des concepts artistiques. J’embauchais généralement un styliste qui amenait les vêtements correspondant au visuel qu’il souhaitait créer. D’ailleurs vous pouvez voir [Michael] dans le livre.

Michael avait une maquilleuse, Karen Faye, qui a beaucoup travaillé avec lui. Mais Michael ne venait pas avec beaucoup de personnes.

Parfois, il y avait un sikh*** qui lui préparait ses repas et Karen, mais c’est tout, c’était les deux seules personnes. Jamais avec un grand entourage.

Cela se passait vraiment entre nous.

David [Bowie] comme Michael m’embauchaient pour faire des photos actuelles de leurs profils, de leur visage à un moment donné et du look qu’ils souhaitaient.  

Bien sûr, quand on a à faire à des artistes comme Bowie ou Jackson, ou d’autres de la même trempe, ils ont déjà une certaine idée de l’image qu’ils veulent diffuser. Parfois, cela doit être le reflet de leur musique, parfois c’est le reflet du style vers lequel ils veulent aller.

David pouvait venir au studio pour faire 3 jours de shooting et disposer des photos qui couvraient tous les aspects des projets qu’il allait faire l’année suivante, de sorte que nous n’ayons pas à faire de nouvelles séances.

Michael m’appelait, comme pour la photo qu’il aimait de Gloria Swanson avec la dentelle réalisée par [Edward] Steichen, dont nous nous sommes inspirés ou encore les photos avec les araignées : un jour il m’a téléphoné pour me dire « tu sais Greg, j’ai ces tarentules pour animaux de compagnie et elles viennent de perdre leur peau, [elles ont mué]  et la peau de la tarentule ressemble exactement à l’araignée [vivante]. Alors je vais l’amener et peut être qu’il y a quelque chose que nous pouvons faire avec ça. »

Alors nous les avons scotchées sur son visage pour faire comme si c’était  une véritable araignée.

Et nous avons fait, cette photo, en lumière du jour, peut être la plus révélatrice le concernant.

Il avait toujours apprécié mes portraits masculins et mes photos de nus féminins. Il voulait donc faire quelque chose dans cette lignée. Mais évidemment, cela devait être quelque chose de bon goût/élégant, et surtout qui avait du sens.

Ma styliste a alors décidé que nous aurions des vêtements de danse. Le cliché montre Michael Jackson assis, simplement avec ces vêtements de danse un peu déchirés.

L’approche est à l’image de la manière dont ces séances photos se sont développées.

Sources : Youtube / MJLegend / MICHAELzine

**Si l’évocation du chef cuisinier sikh de MJ vous a titillé les papilles, nous vous conseillons notre savoureuse news du 26/08/2015 :

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