Hors du temps : Dangerous par T. Riley

Nouveau moment hors du temps : à l’occasion du trentième anniversaire de la sortie de “Dangerous”, le magazine “Future Music” a mis en ligne hier une interview que leur avait accordée Teddy Riley en 2008.

A l’époque, le Maître du New Jack Swing avait accepté de passer en revue chaque titre de l’album de Michael Jackson, qu’il avait contribué à créer, fournissant par là même un aperçu révélateur de la façon dont le Roi de la Pop opérait quand il était en studio.

Comment tout a débuté…

J’ai reçu un appel pour produire des morceaux sur Dangerous de Michael Jackson vers 1991“, commence Riley, comme s’il se souvenait d’une conversation téléphonique avec un télévendeur – ce n’est pourtant pas comme si cela arrivait tous les jours !

Non, ce n’est certainement pas le cas“, concède Riley, réfléchissant à l’ampleur du sujet.

Mais étant un disque de Michael Jackson, Dangerous allait se vendre de toute façon, non ? Alors, où était la pression ?

Réponse de Teddy : “Il y avait plus de pression. Je ne voulais pas être celui qui ferait échouer Michael. Et je suis tellement reconnaissant que cela n’ait pas été le cas. Heureusement, le succès a été au rendez-vous, avec environ 34 millions de disques vendus, je pense.”

Teddy n’est pas très prompt à comparer “Dangerous” au reste du gigantesque travail de Jackson qui a marqué le monde, mais il admettra finalement qu’il considère cet album comme son « dernier grand disque » : « Il n’y a pas de comparaison avec “Thriller”. “Thriller” est un album monumental, “BAD” est un grand album, mais Dangerous se situe au milieu.

Le camp Jackson voulait un producteur qui soit à l’écoute de la rue. Il n’était pas ici question de réutiliser les mêmes ingrédients que pour “Thriller”. Ce dont Jackson avait besoin, c’était d’un son « hot» et d’un producteur qui comprenait ce dont l’icône avait besoin pour éviter de perdre de sa pertinence auprès des dizaines de jeunes artistes qui se mobilisaient pour essayer d’occuper sa place.

Pour Dangerous, j’ai ramené le RnB à Michael sous sa forme la plus simple ; RnB et Funk”, explique Riley. “Nous l’avons enregistré en Californie, chez Record One, puis nous nous sommes retrouvés dans les studios Larrabee. J’utilisais beaucoup de trucs vintages pour obtenir le son dont nous avions besoin. (…) J’ai toujours préféré le vintage au numérique. C’est bien mieux… [avec des sonorités] beaucoup plus chaudes.

1. Jam

Jam était un morceau dont Michael avait l’idée. Il m’a dit de voir ce que je pouvais en faire, alors je l’ai pris, j’ai reproduis la piste et j’ai créé plusieurs autres instruments- et il a adoré. C’est comme ça que ça fonctionnait la plupart du temps. Il venait avec une idée et je la concrétisais en studio. Il me l’a apporté sous forme de DAT, et il m’a dit qu’il y avait des choses qu’il voulait faire , et je les ai faites. C’était mon idée de faire intervenir le rappeur Heavy D dessus. C’était le rappeur préféré de Michael à l’époque.

2.-Why You Wanna Trip On Me

 “L’élément dont je suis le plus fier dans cette chanson est mon jeu de guitare. Je pensais qu’il [Jackson] allait faire jouer une autre personne mais il voulait vraiment que je joue moi-même !  C’était quelque chose de spécial pour moi. J’ai utilisé une guitare acoustique Ovation.

Toute la chanson n’a pas pris longtemps à produire, en fait. Je pense que la partie la plus longue a été de tout écrire et de tout formater.”

3.-In The Closet

In the Closet est quelque chose que Michael a proposé, et la chanson est sortie exactement comme il voulait que le morceau soit. Il a en quelque sorte enregistré sa voix sur un dictaphone quand il était dans une autre pièce. Il enregistrait souvent sa voix sur un dictaphone et il emmenait le résultat dans le studio, puis voyait comment on pourrait travailler avec.

Il s’agit des paroles parmi les plus explicites [de l’œuvre de] Michael ! [rires]”

4. She Drives Me Wild

Mon plus grand souvenir de cet enregistrement est que nous avons utilisé tous les sons d’une voiture comme sons de batterie et que le résultat est parfait. C’était vraiment cool. Ce n’était pas quelque chose que j’avais fait avant ; c’était la première fois que j’allais chercher des sons inhabituels en guise de batterie.

5. Remember The Time

L’une des plus grandes choses qui m’a surpris sur l’album “Dangerous” c’est la prestation vocale délivrée par Michael sur “Remember The Time”. Cela m’a vraiment époustouflé. Je suis arrivé sur le projet [Dangerous] avec ce morceau. C’était le son auquel je pensais pour cet album En gros, c’était le son que je voulais sur “Dangerous” et il l’aimait – et cela dès le départ. Je décrirais ce son comme, étant vraiment, le son New Jack Swing.

Les éléments sur cette chanson qui lui donnent ce son New Jack Swing sont ceux que j’ai utilisés lorsque j’ai enregistré avec [le groupe] “Guy” et [aussi avec] Bobby Brown pour en être les pionniers. Un peu comme les samples entortillés que j’ai apportés. Il n’y avait pas de samples d’autres personnes là-dessus; ce que j’ai fait, c’est faire les sons moi-même – me sampler moi-même. Je me contentais de jammer avec un riff et de penser : ‘C’est pas mal ça…’ Ouais, ça a vraiment apporté beaucoup du côté de la production. Cela a fonctionné.”

6.- Can’t Let Her Get Away

“Provient essentiellement d’un CD de samples que j’avais assemblés moi-même et qui me rappelaient le son de James Brown. C’est ce que je ressentais. J’ai souhaité laisser planer l’ombre de la grandeur de la production du son de James Brown sur [ce titre].

[Sur le CD de samples] – c’était moi qui jouais des instruments, puis je les mettais en boucle et les avais préparés pour des projets potentiels. À l’époque, je les avais juste posés et je ne les avais pas utilisés… Mais je voulais vraiment les utiliser !

Tout au long de l’album, j’ai beaucoup puisé dans des CDs sur lesquels je jouais tout par moi-même. Je suis multi-instrumentiste.

7.- Heal The World

C’est une grande chanson. Il est question de problèmes mondiaux. Je ne l’ai pas produite cependant, tout ce que j’ai fait pour cette chanson était de la compléter. Heal The World comportait plus d’instruments avant que j’y travaille. Je pensais qu’il fallait des choses différentes qui plairaient vraiment. J’ai fait beaucoup de percussions dessus pour apporter quelque chose de plus au mix.”

8.- Black Or White

A nouveau un titre que je n’ai pas produit. Mais encore une fois, j’ai ajouté les percussions à la piste. J’ai utilisé des percussions en bois – cowbell, shaker et des choses comme ça. Le producteur Bill Bottrell avait une boîte à rythmes EIII qui jouait des boucles. Je me suis assis avec la piste pendant un moment puis j’ai dit : ‘OK, c’est une bonne piste. Mais ce dont elle a besoin, c’est de l’instrumentation. Il y avait les guitares et Slash de Guns N’ Roses dessus mais je sentais que (…) nous devions ajouter des percussions acoustiques. C’était le cas lorsque je trouvais les morceaux qui sonnaient très “studio”, je voulais y ajouter du funk live.”

9.- Who Is It

Cela me rappelle tellement Dirty Diana. Je pense qu’il a repris ce son sur cette chanson. Vous savez, je pense qu’il est revenu à ses racines d’enregistrement avec cette chanson pour enregistrer une piste incroyable. Je pensais qu’il faudrait quelqu’un comme Quincy Jones [qui a produit Dirty Diana] pour vraiment monter un morceau incroyable comme ça, (…) pour obtenir ce son, mais Michael l’a proposé.
C’était vraiment difficile pour moi de venir après Quincy Jones. Il a laissé une telle empreinte ! Il a entendu cet album et il m’a vraiment fait un grand compliment sur ma production. Il l’a entendu avant sa sortie et il a dit que c’était un chef-d’œuvre, et qu’il était prêt à sortir.

Michael prenait tellement de temps et il a amené Quincy pour l’entendre – il était comme un contrôleur de qualité pour Michael. Si Michael en avait eu la possibilité, il aurait continué encore et encore à travailler les chansons.

10.- Give In To Me

“Bill Bottrell a mis en place une excellente production sur cette piste. Parce qu’il avait la main dessus, cela a fini par sonner parfait. Il avait la touche de génie et a tout bien nivelé. Il le fait depuis si longtemps. Il est le meilleur avec les microphones , tout en sachant où placer les instruments sur la piste. Il est vraiment bon.

Tout comme Bruce Swedien qui a mixé quelques morceaux sur cet album. Je n’avais jamais travaillé avec Bruce avant ça.

11.- Will You Be There

Encore du [pur] Michael. Faire venir une chorale sur le morceau a été un coup de génie. C’est quelque chose que j’envisage de faire depuis que je l’ai entendu faire. C’est aussi une longue chanson, une grande partie de cet album est vraiment efficace. Ça fait presque huit minutes, je pense – ce n’est pas un montage radio percutant ! Oui, c’est long mais ça a très bien fonctionné pour l’album. Beaucoup de chansons de l’album sont longues. Je trouve que c’est ce qui fait [la spécificité de] l’album.”

12.- Keep The Faith

J’admire vraiment le travail qui a été fait sur ce morceau. Tout ce que Michael fait, je ne peux que l’admirer. Cela ne vous rappelle pas vraiment ses autres chansons ; celle-ci est un peu différente de ses morceaux habituels mais elle se démarque. Michael est toujours innovant. Avec ce morceau, je pense juste qu’il est allé dans une autre direction en raison de la structure du morceau et des instruments utilisés.”

13. Gone Too Soon

Un autre morceau innovant. Je pense qu’il essayait de se réinventer et de devenir plus crédible; plus commercial et il y parvient ici. Cela me fait pense à une version plus temporelle de “She’s Out Of My Life”. Avec cet album, il fait allusion à ses chansons passées en plus d’essayer de se réinventer.

14. Dangerous

[La chanson évoque] une femme qui était tellement au-dessus de la meilleure fille avec qui il ait jamais été. . C’était le nom de l’album, donc nous avons pensé à faire une chanson intitulée “Dangerous”, et Michael a trouvé l’accroche. Alors j’ai dit : « Laissez-moi m’occuper de la musique ». Je suis allé dans mon labo et j’ai assemblé la piste.

Le morceau a évolué : Michael est arrivé avec l’accroche, j’ai fait la musique et ensuite nous avons finalisé la chanson.

Nous avons utilisé une boîte à rythmes, l’Akai MPC-60, et beaucoup de sons et de samples que j’avais sur mes [propres] CDs. Il n’y a pas de science là-dedans, mon chemin se trace à travers la production. [Je fonctionne toujours avec mon ressenti], je ne fais jamais rien de la même manière.

Travailler avec Michael Jackson

Nous avons parlé avant que je produise l’album et il a décrit tout ce qu’il recherchait, du point de vue sonore. Il a sorti une de mes chansons de l’album “Guy”, que je chante, et il a dit qu’il voulait ce son. Il voulait quelque chose de moteur comme ça.

Il m’a toujours poussé à être différent, innovant et fort. Il était exigeant et nous travaillions sur des chansons pendant longtemps ; nous devions toujours faire le bon mix. Nous avions les éléments, mais nous devions faire le bon mix .

Avec les sessions, il passait beaucoup de temps à chanter et parfois il le faisait tout seul. Je n’avais même pas besoin d’être là à chaque session, car il aime faire des trucs par lui-même. Travailler avec lui était une source d’inspiration. J’ai en quelque sorte appris sa façon de travailler et je suis resté fidèle à cette formule – il a donc changé ma façon de travailler sur la production avec les artistes.

Depuis le projet Dangerous, j’ai appris à écrire avant même d’envisager une chanson sur bande. L’écriture doit être correcte, parfaite, avant même de commencer.

C’est difficile de choisir les éléments les plus forts de l’album. Est-ce ma musique ou ses paroles ? Au final, je dirais que c’est les deux. Il n’y avait pas un élément plus faible que l’autre. C’est pourquoi c’était un album si parfait et qui s’est tellement vendu.

Sources : musicradar.com / Future Music / MICHAELzine

4 thoughts on “Hors du temps : Dangerous par T. Riley

  1. Merci pour ce souvenir, Teddy Riley a pu s’etonner sur cette album en effet
    La carrière de Michael Jackson se base fondamentalement sur une Trilogie : Thriller, Bad et Dangerous. Off The Wall et HIStory sont le prologue et l’épilogue de cette aventure qui a duré 16 ans ! 16 années en orbite..du jamais vu!
    Oui Teddy a raison, Thriller en 1, Dangerous en 2 et Bad en 3.
    Perso je pense que We are the World et Captain EO ont empêché Bad de vendre autant que Thriller, je me souviens que cela a créé un paroxysme à l’époque. Michael a rectifié le tir en restant silencieux entre 89 et 91.

    Mais est-ce que Dangerous aurait il pu faire autant que Thriller si il n’y avait pas eu l’affaire Chandler? Et bien non selon moi, Dangerous est mon album préféré côte à côte avec Thriller mais Michael et Sony se sont lancés dans un album trop long avec une equipe Riley et une equipe Botrell trop différente et surtout des choix de sortie single aberrants : Black or White aurait du être suivi par Dangerous et Who is it (avec une vidéo plus engagée). Les tracks de Riley en 2ème partie de promo pour finir à la “say say say” mais surtout Heal the Word, magnifique soit elle aurait dû rester sur le 33 tours (contrairement à Earth Song qui deviendra un nouveau genre, une oeuvre d’art) Évidemment ce n’est que mon avis

    Malgré tout cette opus fait partie de la Trilogie car le talent de Michael était intact (voir meilleur) dans ce début des années 90’s

  2. Pour Dangerous, il y a aussi la question du piratage qu’il ne faut pas négliger. Au début des années 90, avec l’essor du CD, les bootlegs ou les pressages pirates se sont multipliés , notamment dans certains parties du monde (Asie, Europe de l’est,…). Il y avait cette tendance forte. (même en France, pas en boutique mais sur le marché “parallèle”, on trouvait facilement ces éditions pirates, mais plutôt en K7)
    A un moment, j’avais entendu parler quelques années après sa sortie que “Dangerous” faisait partie des albums les plus piratés. On évoquait plusieurs millions d’exemplaires non officiels qui circulaient.

    Donc niveaux ventes d’albums, “Dangerous” aurait pu être un deuxième pic incontesté dans la carrière de Michael.

    1. Effectivement, j’ai omis ce point non négligeable. Dangerous a bien été l’album le plus piraté au monde, c’est qu’il y avait une grosse envie d’écouter le nouveau son Jackson (2 ans d’attente !)
      Maintenant si je tempère mes propos, Dangerous est malheureusement le seul album qui n’a pas eu sa notoriété s’étaler sur les années suivantes à cause de l’affaire Chandler.
      Certains fans continuent de sublimer Bad, facile quand un album a eu tous les feux au vert : tous les singles sont sortis, la tournée mondiale bien achevée et un film Moonwalker qui propulse son art et sa fulgurance. Dangerous n’a pas eu ce contexte. Le débat est intéressant, mais pour moi Dangerous a mal été exploité par Sony et peut-être aussi par Michael quant au choix trop permissif sur les tracks de Teddy Riley. Étant plutôt un amoureux de la musique ecrite et composée par de vrais instruments (BB King, Bod Dylan, Bob Marley entre autres) je trouve que Who is it est d’une noblesse sans équivalent, Quincy ne dira pas le contraire !

  3. C’est vrai que “Who Is It” est un titre assez unique et du pur MJ, cette basse, ces percussions, cette voix, ces cordes mêlées à ces sons numériques…
    Quel autre artiste aurait eu l’idée d’aller dans cette direction ?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *