Céka : Scénariser l’HIStoire

Scénariste de «Michael Jackson en Bandes-dessinées», sorti en décembre 2009, Céka a accepté de répondre aux questions de Michaelzine.
Travail biographique sur le Roi de la Pop destiné à trouver une traduction graphique, cet ouvrage a également été pour Céka une occasion d’approfondir un peu plus sa connaissance de M. Jackson.

Retour sur le making of de ce recueil de B.D. et sur le métier de scénariste…

Bonjour Céka, merci de nous accorder cette interview. Sincèrement, ta perception du personnage de Michael Jackson est-elle différente après la réalisation du recueil « Michael Jackson en bandes-dessinées » ?

Céka : Avant de travailler sur ce livre, j’avais une image un peu différente de Michael Jackson. Je ne m’étais pas rendu compte à quel point il avait été atteint par la presse et toutes les affaires dont il a été victime. Atteint et affaibli.

Comment et quand le projet est-il né ?

Céka : C’est mon éditeur, Petit à Petit, qui m’a proposé ce beau projet. Il connaissait ma passion pour la star et m’en a tout naturellement parlé. Étrangement, quand il m’a contacté, j’étais de mon côté en train d’écrire une histoire sur Michael Jackson. Ce n’était absolument pas une biographie, mais une fiction. Je me posais tout simplement la question : et si Michael Jackson était encore en vie ? S’il avait simulé sa mort pour échapper à ce monde dont il ne voulait plus…

Comment s’est organisé ton travail ?

Céka : Mon premier travail a bien sûr été de replonger dans sa biographie. Ont émergé une trentaine de thèmes qui me semblaient importants à aborder en bande dessinée. Tout s’est fait assez rapidement et naturellement.
C’est là que je me suis aperçu combien j’étais en empathie avec Michael Jackson. Quand je travaillais sur certains passages de sa vie, j’avais de réels moments d’émotion, de connivence. J’ai vraiment eu l’impression de partager sa vie pendant ces quelques mois…

Quelle forme avait le scénario que tu transmettais aux dessinateurs ? Des croquis ? Du texte ?

Céka : Mon scénario est toujours textuel, c’est ce qu’on appelle un découpage. Je décris le visuel de chaque case et j’indique aussi et bien sûr les cartouches et les bulles. Page par page, case par case, le dessinateur sait ce qu’il doit faire. Bien sûr, ensuite, il peut y avoir un travail de ping-pong avec l’illustrateur. Rien n’est figé.

Chacun a son espace de liberté et de créativité.

Est-ce que ce fut facile de terminer dans les temps impartis par l’éditeur ? L’image du dessinateur de BD qui rend toujours ses planches en retard est-elle un mythe ? Si c’est le cas, on imagine le casse-tête avec 25 dessinateurs !

Céka : Effectivement, le délai était très court. Ce fut une prouesse à tous les niveaux. Mais, étrangement, tout s’est passé avec une grande fluidité. Jamais je n’ai eu l’impression de faire un sprint. J’étais tellement fier de faire une biographie en BD sur un chanteur qui représente beaucoup pour moi que je n’ai jamais vu les difficultés.
La passion a tout gommé ! Bien sûr, il y a eu quelques retards, quelques surprises, gérer 25 dessinateurs est effectivement un vrai défi. Mais, globalement, chacun y a vraiment mis du sien. Et peut-être que ma passion a été communicative ?

Tu es celui qui a réparti le travail entre les dessinateurs. Le choix du dessinateur en fonction de la séquence à illustrer a-t-il été difficile ?

Céka : L’éditeur Petit à Petit m’a laissé carte blanche pour le choix des dessinateurs, même s’il avait un droit de regard, bien évidemment. J’ai donc pu travailler avec des auteurs que j’apprécie et qui étaient vraiment en osmose avec certaines histoires. Par exemple, j’ai réalisé la BD «Thriller : un clip mortel ! » avec Guillaume Griffon avec qui j’ai travaillé sur une série qui s’appelle « Billy Wild », western gothique en noir et blanc. De même, j’ai collaboré avec Patrick Lacan sur l’histoire « J’aurais voulu être un… enfant » qui me semblait le mieux à même de rendre cette ambiance de l’Amérique noire du début des années 60.

La liste de tous les albums auxquels tu as participé en tant que scénariste commence à être impressionnante. De quelles qualités doit faire preuve un scénariste ?

Céka : Ça ne fait que quelques années que je suis scénariste. Avant, j’étais créatif dans des agences de publicité. Et c’est vrai qu’en peu de temps, j’ai réalisé pas mal de livres, dans des styles assez différents. Mais, je le pense vraiment, c’est le plaisir d’un scénariste que de pouvoir changer radicalement d’univers d’un album à un autre. C’est même génial et jouissif ! Un jour plongé au cœur du siège de Leningrad en 1942 à jouer la 7ème symphonie de Chostakovitch ; le jour suivant me retrouvant dans « Egosfer » en pleine science-fiction !!

Passes-tu facilement dans ta manière de réfléchir de Kafka , à Edgard Allan Poe , à Michael Jackson ?

Céka : Avant, j’avais tendance à travailler en parallèle sur deux ou trois livres. À chaque fois, il me fallait un petit moment de réadaptation avant d’être totalement immergé dans l’univers. Ce n’était pas des plus agréables, j’avais toujours un moment de flottement pour retrouver mes repères. Maintenant, j’essaie de travailler sur un seul livre à la fois, quand j’en ai la possibilité, bien sûr. C’est bien plus simple à gérer…

Et ça évite de faire danser le moonwalk à Kafka !

Quel est ton parcours ? Comment est-ce que tu t’es lancé dans le métier ?

Céka : J’ai fait un IUT de communication, même si je voulais déjà faire de la bande dessinée à l’époque. Mais bon, dans la famille, la BD, ça ne passait pas… J’ai donc attendu une quinzaine d’années et mes premiers contrats dans l’édition pour retourner à ma passion de jeunesse. Même s’il a fallu que j’attende tout ce temps, j’apprécie d’autant plus mon bonheur de faire ce métier aujourd’hui !

Quels sont tes projets à venir ?

Céka : J’ai encore quelques livres qui doivent sortir dans les prochains mois, notamment la fin d’une trilogie de science-fiction, réalisée avec Yigaël, qui s’appelle « Egovox », ainsi qu’une adaptation d’un livre d’Oscar Wilde « Le
fantôme de Canterville » avec Paul Drouin au dessin. Après une période intense côté livres, je me consacre actuellement à des sujets plus personnels. Peut-être écrirai-je, entre autres, mon idée de fiction sur Michael Jackson…

Quel conseil donnerais-tu à celles et ceux qui souhaiteraient se destiner à une carrière artistique ?

Céka : Mon principal conseil serait de leur dire de toujours croire en eux. La passion a toujours été mon moteur, la ténacité mon carburant ! Michael Jackson avait la passion, la ténacité et, en plus, un talent incroyable.

Merci d’avoir eu la gentillesse de répondre à nos questions !

Interview concoctée et réalisée par Spleen et SEB KA – Mai 2010

https://www.petitapetit.fr/produit/michael-jackson-bd/

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